vendredi 11 janvier 2008

Et après ?

Quand je suis arrivée à Madrid l'été dernier, mon court séjour en auberge de jeunesse avant de me trouver un appart' m'a au moins fait prendre conscience d'une chose : je n'allais pas rester à Paris pendant le long mois de vacances dont j'allais pouvoir profiter en février.

J'ai longtemps hésité quant au voyage exact que je voulais faire : une virée dans l'est de l'Europe ? Une tournée de ville en ville en Italie ? Ou même pourquoi pas aller beaucoup plus loin : je rêve de voir un jour le Pérou. Et puis j'ai fini par me décider : ce seront New York et Washington.

Alors bien sûr, il y a toute la préparation : passeport, billets d'avion, auberge à réserver sur place... Mais bon, ça, je peux gérer. Indépendamment des considérations pratiques, donc, quelqu'un aurait des bons plans à suggérer ?

mardi 8 janvier 2008

¿Metro sucio?

Le métro de Madrid m'a beaucoup impressionnée la première fois que j'y ai mis les pieds : pratique, accessible, propre... un métro moins Art Déco que celui de Paris, sans doute, mais bien plus sérieux sous d'autres aspects. Il ne leur manquait plus que la carte Imagine R.

Enfin ça, c'était jusqu'à ce que les agents de nettoyage du métro se mettent en grève le 17 décembre. Parce qu'à ce moment-là, il n'y a plus eu personne pour vider les cendriers et les poubelles, et les journaux gratuits ont commencé à s'amonceler dans les couloirs. Et étrangement, le métro madrilène s'est mis à beaucoup ressembler à son homologue parisien (les tas de journaux en plus). Je dis ressembler, parce qu'on en était quand même pas encore à sentir les mêmes odeurs que sur les quais des trains de banlieue de la Gare du Nord. Mais tout de même, tout cela prenait un petit air de chez-soi.

Bon, bien sûr, après 21 jours de grève, les parties sont finalement arrivées à un accord (revalorisations salariales principalement), et les journaux ont disparu avec les mégots de cigarette. Et comme j'étais en France pendant quasiment tout ce temps, je n'en aurai presque pas profité.

Ces Espagnols, quels rabats-joie...

Los Reyes Magos

À l'approche de Noël, les Espagnols se lancent souvent dans de grands débats avec les étrangers dès que ceux-ci abordent la question des regalos (cadeaux) : à quelle date devrait-on les offrir ?

En effet, de même que les habitants d'Europe centrale recevaient autrefois leurs cadeaux de Saint Nicolas ou les Italiens de la Befana, en Espagne, ce sont les Rois Mages qui apportent des cadeaux aux enfants. Et comme l'enfant Jésus nait le 25 décembre et qu'ils n'arrivent pas tout de suite dans son étable, les petits Espagnols doivent attendre le 6 janvier pour recevoir leurs cadeaux.

Sauf que... Sauf que le Père Noël fait petit à petit son chemin dans un pays qui n'est pourtant pas prêt à renoncer à ses Rois. Et du coup, les enfants reçoivent parfois (souvent ?) des cadeaux deux fois, et les parents trouvent que tout cela finit par revenir assez cher...

D'où ces débats menés par d'irréductibles Ibères qui refusent encore et toujours de se soumettre à l'envahisseur Coca-Colien, et répètent chaque année avec autant de virulence les mêmes arguments pour contrecarrer l'avance du monsieur en rouge : publicité, société de consommation... sont-ce là vraiment des valeurs à enseigner aux enfants ?

Indépendamment de telles considérations, il serait dommage de voir disparaître les défilés (cabalgatas) célébrant l'arrivée des Rois dans chaque ville et chaque village d'Espagne, de celui, magnifique, de Madrid, à ceux, beaucoup plus simples, des pueblos. Parce que dans le second cas les yeux des petits enfants brillent beaucoup, et dans le premier ceux des grands aussi.

mardi 1 janvier 2008

West Side Story

Non, ce n'était pas à Madrid. C'était au théâtre du Chatelet jusqu'à hier soir, et malheureusement c'est terminé. Mais c'est un spectacle dont on sortait avec des étoiles dans les yeux.

Cabaret aux Folies Bergères ne m'a pas laissé un souvenir aussi ébloui : une interprétation de certains passages qui m'a parfois laissée sceptique (voilà ce qui se passe quand on connait une pièce par cœur), et des chorégraphies pas aussi dynamiques.

Parce que voilà ce qu'il y a de plus extraordinaire dans ce West Side Story : la danse. On en vient à regretter, en voyant le niveau exceptionnel des choeurs de ballet, que Tony et Maria soient joués par des chanteurs lyriques et non par des danseurs, et que leurs chorégraphies se fassent donc aussi rares, et même presque pauvres. Le rôle le plus compliqué devient alors celui d'Anita (la copine de Bernardo, le leader des Porto-Ricains), qui chantera aux côtés de Maria sans que sa voix démérite jamais, mais mènera également de main de maître le ballet sur "I want to live in America". Ce fut du moins l'avis du public, qui l'a applaudie avec plus d'enthousiasme encore que le couple Maria - Tony.

On sort donc de la salle plein d'énergie malgré l'heure tardive. J'imagine par contre après coup l'état d'épuisement des danseurs qui se sont donnés à fond sur scène pendant 2h30. J'espère que les applaudissements leur ont bien fait sentir à quel point le public leur en a été reconnaissant. Parce que c'était une vraie troupe de professionnels.

lundi 10 décembre 2007

Lotería de Navidad

Il existe en Espagne une tradition à laquelle on ne peut pas couper. Les douze raisins (un pour chaque coup de minuit) qu'on mange sur la Puerta del Sol pour la Saint-Sylvestre (qu'on appelle ici Noche Vieja) ne sont rien à côté : pour y échapper, il suffit de ne pas être à Madrid pour le Nouvel An (et si possible aussi, de ne pas avoir comme moi un parent d'origine espagnole qui perpétue la tradition même en France, mais je pinaille).

Pire que ça, donc, il y a la Lotería de Navidad.

Étrangement, la vente des coupons a commencé plus ou moins au moment de mon arrivée à Madrid (j'ai débarqué ici en juillet).

Pour expliquer rapidement comment ça fonctionne, disons que 85000 numéros sont mis en jeu (enfin, le numéro 0 est en réalité offert au Roi, passons), et que chaque numéro est décliné en 185 séries : ainsi, la loterie met en jeu 185 fois le gros lot (soit 185 fois 3 000 000€), 185 fois le second lot, etc... Pire : la plupart des gens n'achètent en général pas un billet complet (celui qui pourrait leur rapporter le gros lot), mais un dixième de ce dernier, vendu pour la modique somme de 20€ tout de même.

Ce qui pourrait paraître surprenant de prime abord, c'est qu'on ne peut pas trouver tous les numéros chez un seul et même vendeur : au contraire, chaque vendeur dispose de deux, trois, quatre numéros (beaucoup plus en fait chez ceux de la Puerta del Sol), et la vente d'un numéro donné est limitée géographiquement. C'est ce qui explique d'ailleurs que la vente des billets commence aussi tôt : quelqu'un qui part en vacances à Saint-Sébastien, Cadix ou Cuenca entre l'ouverture de la vente des billets et le grand jour où a lieu le tirage au sort pourra s'amuser à acheter dans ces régions reculées un billet pourvu d'un numéro qu'il n'aurait pas pu trouver chez lui. Et de cette manière, s'il apprend que le gros lot est tombé dans une ville où il est passé, il saura qu'il ferait mieux de vérifier les numéros sur lesquels il a misé.

Le tirage au sort a lieu le 22 décembre dans la matinée. Et la tradition veut que ce soient deux enfants du Colegio de San Ildefonso (à Madrid) qui chantent, l'un les numéros gagnants, et l'autre les montants des prix qui leur sont associés. Je vous laissent imaginer le résultat, sachant que "tres milliones de euros" et "mil euros" sont chantés sur la même "mélodie" : les Espagnols regrettent beaucoup cet aspect pervers du passage à l'euro !

Mais ça n' a pas empêché mes collègues stagiaires d'organiser l'achat des billets par notre groupe de becarios. La boîte a demandé à la loterie nationale que deux numéros lui soient attribués, et les stagiaires qui d'habitude prennent simplement le café ensemble se sont donc retrouvés à s'organiser stratégiquement pour que chacun puisse acheter la moitié d'un dixième de chaque numéro. À coup de mails (qui a dit spam ?), d'orientation fréquente de la conversation vers ce sujet quand on se retrouvaient tous ensemble, et d'explications et réexplications des règles (qui, il est vrai, ne vont pas de soi), nous avons fini par être nombreux à nous embrigader là-dedans. Après tout, c'est la tradition.

Mais le pire dans l'histoire, c'est sans doute que pendant le tirage au sort, je serai confortablement assise dans un avion en route vers la France !

Revenir ponctuellement chez soi

Ce week end, je suis rentrée à Paris. Jeudi dernier était un jour férié, et si j'ai jusqu'ici profité de mes ponts pour aller faire du tourisme en dehors de Madrid, il commence à faire un peu trop froid pour que ce soit encore très agréable. Et puis je n'avais pas mis les pieds en France depuis quatre mois.

Alors j'ai revu plein de gens. En coup de vent pour la plupart : quatre jours, ça reste encore trop peu. Disons donc que je suis restée juste assez longtemps pour régler tout un tas de formalités.

Mais malgré ça, j'ai quand même découvert des trucs amusants : en France, tout le monde parle le français (allez, avouez que je vous apprend un truc :P). Quand on croise des gens dans la rue, on entend ce qu'ils racontent sans y faire attention (alors qu'en Espagne, j'ai intérêt à me concentrer si je veux comprendre quand on m'adresse la parole). Quand une voiture vous laisse passer au moment de traverser la rue, il faut dire "Merci" et non "Gracias", parce que sinon il est peu probable que le conducteur arrive à déchiffrer sur mes lèvres ce que j'ai voulu lui dire. Quand on se ballade dans les rayons de la Fnac, on sait qu'on arrivera à finir les livres qu'on pourrait y acheter avant la fin du mois, parce qu'on n'a pas cet éternel obstacle de la langue.

Et en même temps... je continue à savoir que d'une certaine manière, je connais mieux Madrid, où j'habite depuis seulement quatre mois, que Paris où j'ai vécu quatre ans : ici, je sais où sont les meilleurs bars, les meilleurs coins pour sortir le soir, où aller pour acheter mes cadeaux de Noël, où vivre enfin. Autant de choses que je ferais beaucoup plus au petit bonheur la chance à Paris. Et qui me prendraient donc sans doute considérablement plus de temps.

Alors non, je ne suis pas encore fatiguée de Madrid. Pas encore fatiguée de parler trois langues chaque jour (parce que certains stagiaires étrangers ne parlent pas espagnol, et qu'on communique donc en anglais). Pas encore lassée de cette ville où, après tout, je n'ai pas encore visité tout ce que je voulais voir.

Allez, la prochaine visite est dans quinze jours.

dimanche 11 novembre 2007

Salamanque, la ville des étudiants

"Une personne qui est passée à Salamanque aura envie d'y retourner un jour, pour peu qu'elle ait été douée par la nature de la capacité d'apprécier la vie." Vu sur une plaque devant le parvis de la cathédrale.

Salamanque est la ville des étudiants. On y visite l'université, fondée au début du XIIIe siècle (c'est l'une des plus anciennes au monde, avec Oxford, Bologne et la Sorbonne), et les bâtiments crouleraient presque sous les plaques offertes par des associations d'anciens élèves d'Espagne, du Portugal ou d'Amérique latine qui sont passés par là. Les inscriptions (qui a dit graffitis ?) en rouge (traditionnellement écrites avec du sang du taureau tué lors de la corrida donnée au moment de la remise des diplômes, mais les plus récentes le sont simplement avec de la peinture rouge) rappellent que des générations d'entre eux sont passés sur les bancs des facultés de la ville, et qu'à l'époque où Madrid n'était encore qu'un village, Salamanque avait déjà un rayonnement culturel international.

Du coup, les bars à tapas ne sont vraiment pas chers. Et avec une liste de bonnes adresses en main, on peut même tomber sur de véritables bijoux, tel le Tevere de la Calle de Van Dyck, où pour deux euros on peut se faire servir de petites assiettes dont le contenu ressemble à s'y méprendre à de la haute cuisine. Qui a dit qu'il fallait payer cher pour trouver des plats recherchés ?

Le Cervantes de la Plaza Mayor, planqué en haut d'un escalier (au sud est de la place, et même en le sachant il faut bien chercher l'entrée sous les arcades), est une autre bonne adresse. Là, on pointera du doigt dans la vitrine ce qu'on veut se voir servir (tortillas, croquettes et autres), et à raison d'1€50 la mini ration, on arrivera à peu près à se remplir le ventre. Le Bambu est sympa aussi (dans une petite rue juste à côté de la Plaza Mayor).

La ville a une spécialité culinaire : "el hornazo" (une sorte de feuilleté de la taille d'une tarte, avec du jambon et du chorizo à l'intérieur), donc un quart suffit à rassasier un adulte normalement constitué, même s'il s'est fait l'escalade de la cathédrale juste avant pour se mettre en appétit. Ne pas oublier de remplir les bouteilles avant de commencer à manger : la charcuterie est après tout assez salée.

Enfin, à Salamanque, il faut être à l'affût du détail. Deux sont particulièrement renommés : le premier est le petit astronaute sculpté sur l'un des portiques de la cathédrale (juste au dessus d'un lion en train de manger une glace à deux boules). Mais le plus célèbre est la grenouille planquée sur la façade de l'Université, sur la plaza de las Escuelas. D'ailleurs elle est tellement bien cachée que certains en viennent à douter de son existence... Enfin, le résultat, c'est qu'il y a toujours une foule de gens plantés devant ladite façade pour la chercher, et que la méthode la plus simple est peut-être d'écouter les explications des gens qui l'ont déjà repérée... mais d'un autre côté, la légende veut que ça porte bonheur de la trouver, donc les superstitieux ne voudront peut-être pas tricher comme ça !

Enfin, pour revenir peu à peu dans le monde moderne après la visite des couvents de la ville, on pourra passer au musée d'Arts Déco "La Casa de Lis", dont l'entrée est juste à côté des Archives Nationales, et où l'on peut admirer toute une collection d'objets délicieusement kitch (poupées de porcelaine, éventails et autres flacons de parfum). Le tout avant de retourner à la gare en passant bien sûr une dernière fois par la Plaza Mayor. Il sera bien temps de dormir dans le train qui repart vers Madrid.